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Que dire à une amie en cas de fausse couche ?

8 octobre 2016 , In: Futures mamans
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fausse coucheCes derniers jours, une de mes amies m’a annoncé qu’elle avait fait une fausse couche. J’ai été très triste pour elle, et en même temps, j’ai senti de la difficulté à lui exprimer mon soutien, tant je craignais d’être maladroite, intrusive ou déplacée.

J’ai essayé de me souvenir de ce dont j’avais eu besoin lorsque j’avais fait moi-même une fausse couche. Quelles attitudes, quels mots avaient été particulièrement aidants. Et j’ai également essayé de me rappeler de ce qui avait été plus difficile.
Pour enrichir ma réflexion, j’ai aussi lu des articles, très émouvants et inspirants.

Tout cela m’a fait penser que parmi vous, il y avait peut-être des lectrices et des lecteurs qui auraient besoin d’idées pour accompagner l’une de leur proche qui traverse cette épreuve.

En guise de préliminaires, j’aimerais rappeler que cet article est forcément subjectif. Vous ne vous sentirez peut-être pas en résonance avec ce que je propose. Sa vocation n’est pas de moraliser mais de déjouer les pièges dans lesquels on peut si facilement tomber face à cette situation.

Avant de faire une fausse couche moi-même, j’ai quelques amies qui ont perdu leur bébé. A posteriori, je mesure comme j’aurais aimé être plus présente pour elles et éviter certaines remarques (même si elles venaient vraiment du fond de mon coeur et que mon intention n’était pas de me comporter comme un boulet).
Quoi qu’il en soit, j’imagine que ma réaction aurait été plus soutenante si j’avais eu plus de clés et d’informations sur le sujet, et si j’avais connu les pièges à éviter. D’où l’objet de cet article.

Bien sûr, l’idée n’est pas que vous soyez traumatisé et que vous n’osiez plus rien dire, mais de partager avec vous des pistes pour témoigner de votre affection et de votre soutien, avec tact et justesse.

• PIÈGE 1 : BANALISER OU RELATIVISER > « Tu sais, ça arrive à plein de monde »…

Oui, les fausses couches concernent environ 20% des grossesses chaque année, et 15 à 25 % des femmes. C’est donc très fréquent.
Toutefois, cet événement peut-être vécu très difficilement par une maman, et ceci quel que soit le moment où cela arrive pendant sa grossesse. Une fausse couche à 2 mois, même si la grossesse ne se voyait pas car la maman n’avait pas encore de ventre, peut AUSSI causer une infinie tristesse.
Car une fausse couche, c’est souvent le deuil d’un espoir, d’une projection dans le futur, d’une joie… C’est tout simplement le deuil d’un enfant, même s’il n’était pas encore né, et même s’il n’était pas encore viable.
J’insiste donc sur l’importance de prendre cette peine au sérieux. Et d’éviter les formules minimisantes et généralisantes comme « heureusement, tu n’étais pas enceinte depuis longtemps » ou « tu sais, ça arrive à plein de monde »… À titre de comparaison, plein de gens meurent tous les jours. Pourtant, cela ne rend pas la mort de nos proches plus supportable. Personne ne dit à des funérailles « tu sais, 150 000 personnes sont mortes dans le monde le même jour que lui ».

ALORS QUE FAIRE ? Au delà des statistiques et généralités, essayez de revenir à l’expérience individuelle de votre amie. Elle a perdu son bébé et même s’il n’était pas viable, elle a perdu un vrai bébé. Sa perte est réelle et tragique. Rappelez-lui qu’elle a le droit de se sentir triste, en colère et en deuil.

•  PIÈGE 2 : FAIRE COMME SI DE RIEN N’ÉTAIT > « Et sinon, tu as écouté le dernier Beyoncé ? »

Je crois que ce qui a été le plus difficile pour moi pendant ma fausse couche a été le silence des personnes qui m’entouraient, et le manque de parole et d’échange autour de cet événement. Je mesure que le silence qui entoure une fausse couche est souvent plus une affaire de pudeur que d’indifférence : il est possible que certaines personnes aient peur de remuer le couteau dans la plaie en venant amener le sujet.
Pourtant, ne pas en parler ne rend pas la fausse-couche moins réelle et ne la fait pas disparaître des radars.

ALORS QUE FAIRE ? D’expérience, je crois que la plupart des mamans ont besoin de parler de ce qu’elles vivent et d’être écoutées. N’hésitez donc pas à faire sortir le sujet de la Zone Taboue. Demandez à votre amie comment elle se sent, comment elle va, si elle pense à des choses particulières, si elle a envie de vous raconter comment cela s’est passé pour elle… J’ai une infinie gratitude pour mes amies qui m’ont appelée plusieurs fois au cours des semaines suivant ma fausse couche « juste pour prendre des nouvelles » et pour m’ouvrir cette porte qui me permettait de m’exprimer à coeur ouvert.

Bien sûr, il existe des mamans qui n’auront pas envie de parler. Mais il vaut mieux que vous vous assuriez de leur envie de silence en leur posant la question le plus simplement du monde : « souhaites-tu en parler ? ». Rappelez-leur que vous restez ouvert(e) à l’échange si elles le souhaitent. Ou laissez-leur un message du style « Si tu n’as pas envie de répondre au téléphone, je voulais juste te dire que je t’aime et que je pensais à toi. Rappelle-moi quand tu en auras envie ».

Si à l’inverse c’est vous qui n’êtes pas à l’aise avec les mots et que vous avez peur de ne pas savoir quoi dire, témoignez votre sympathie et manifestez votre présence autrement. En lui rendant un service, en lui envoyant un poème ou en lui préparant des cookies. 🙂

• PIÈGE 3 : RAMENER À SOI OU COMPARER « C’est comme moi / C’est comme Jacqueline »

Alerte rouge pour ce piège dans lequel je suis déjà allègrement tombée. Parler à votre amie, cela ne veut pas dire tirer la couverture à vous avec des « je sais ce que tu ressens ».  Dans le moment présent, il ne s’agit pas de vous, mais d’elle.
Bien sûr, vous pouvez compatir en disant que vous êtes aussi passée par là. Mais n’enchaînez pas avec un cours magistral sur ce que vous avez ressenti à ce moment là, les enseignements que vous en avez tirés, et le beau bébé que vous avez eu après.
A fortiori, évitez tout à fait les « je connais une copine à qui c’est arrivé », parce que ce gossip est carrément hors-sujet.

ALORS QUE FAIRE ? Parler à votre amie, cela veut surtout dire être présente pour l’écouter, pour lui prêter vos bras et votre épaule. Écoutez ses émotions, ses sensations, ses souvenirs, ses pensées… Permettez-lui de vous raconter sa grossesse et même la disparition de son bébé si elle le souhaite. C’est dans cette expression sans entrave de son histoire qu’elle pourra mieux traverser l’épreuve.
Approuvez ce qu’elle vous dit, et rappelez-lui que vous comprenez que ce qu’elle vit est difficile.

• PIÈGE 4 : CHERCHER DU SENS > « Il avait sûrement un problème »

Je sais comme il peut-être tentant de dire des choses comme « S’il est parti, c’est probablement parce qu’il n’était pas viable » ou « la Nature fait bien les choses » ou « c’est le Destin / la volonté de Dieu ». Mais je doute que ces phrases soient d’une grande consolation pour la maman.

ALORS QUE FAIRE ? S’il doit y avoir une rationalisation, elle doit venir de la maman, pas de vous. Pour le moment, comme toutes les morts inattendues, la disparition de ce bébé est un choc et une absurdité. Plutôt que de chercher du sens, partagez la peine de votre amie.

• PIÈGE 5 : ENQUÊTER > « Tu es sûre que tu n’as pas fait quelque chose de mal ? »

Dans la même lignée que de chercher du sens, certaines personnes zélées peuvent s’improviser inspecteur en obstétrique, en suggérant des choses telles que « tu penses que c’est arrivé parce que tu travaillais trop / tu avais mangé du boudin créole / tu avais utilisé des huiles essentielles ? ». À part culpabiliser la maman avec des « What if ? », semer le trouble dans son esprit et lui laisser penser qu’elle est responsable de ce qui lui arrive… à quoi sert ce genre de remarques ? Réponse formelle : à rien.

ALORS QUE FAIRE ? S’abstenir de toute recherche de causes, à moins que ce soit votre métier et que la maman en question vous paye pour ça.

• PIÈGE 6 : DÉCRÉTER QUE LA VIE CONTINUE > « C’est pas grave, tu en feras un autre ».

Votre amie vient de perdre son bébé. Sa priorité à l’heure actuelle n’est pas de tourner la page et d’enchaîner avec une nouvelle grossesse.
Pour grossir le trait, parler d’un prochain bébé reviendrait à dire à une dame qui vient de perdre son mari : « C’est pas grave, tu vas te retrouver un Jules ! ». Il ne s’agit pas de se re-remplir l’utérus avec un nouvel embryon. Ce bébé disparu avait une existence physique et réelle : il est irremplaçable. Un temps est nécessaire pour qu’il trouve sa place dans l’histoire de la maman et pour que la peine s’apaise. Et oui, ce temps peut être long.

ALORS QUE FAIRE ? Il me parait important de respecter la tristesse de l’autre avec patience, même si elle nous place dans l’inconfort et qu’on aimerait que notre amie retrouve rapidement un moral plus positif. Avant de rebondir, votre amie a sans doute besoin de pleurer et vivre ses émotions. N’évitez pas l’émotion avec des formules comme « Ressaisis-toi », « ça va aller ! » ou « il faut passer à autre chose ». Essayez plutôt de rester présent(e) et de fournir les mouchoirs :-).

Votre amie a besoin de votre soutien plein d’amour, tout le temps que durera sa peine, et même après. Même lorsque de l’eau sera passée sous les ponts, n’hésitez pas à reparler à votre amie de cet événement, des semaines, voire des mois plus tard. Pas pour vérifier qu’elle est bien passée à autre chose. Mais pour lui montrer que si sa peine est encore vivante, vous êtes toujours là pour l’accueillir. Et que vous non plus, vous n’oubliez pas ce moment important de sa vie.

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Alexandra de Lassus Saint-Geniès

Professeur de yoga

Formée en France, en Inde et aux Etats-Unis, je suis professeur de kundalini yoga, yoga du rire, yoga prénatal et yoga maman-bébé. J’aime partager ma passion et rendre le yoga accessible au plus grand nombre. Je donne des cours à Nancy et en ligne sur ma chaîne Youtube. N’hésitez pas à me contacter !